Des jeunes mobilisés

Le 10 février dernier, se tenait le 2e webinaire des « chantiers de l’éducation populaire » : sacrifiés, désabusés ou mobilisés ? Entendre les 15-30 ans.
Pour recueillir la parole de ceux-ci sur la façon dont on s’investit aujourd’hui dans la res publica, au sens littéral du terme, la Ligue 95 avait invité une dizaine de jeunes témoins ou acteurs à s’exprimer en visioconférence. Pour apporter un regard universitaire, une sociologue spécialiste de la jeunesse et du travail, Florence Ihadadenne, avait aimablement accepté de participer.
Dans un premier temps, les participants décrivent le climat engendré par la crise sanitaire : « on fabrique une génération de dépressifs » constate Mohammed, président d’un club de boxe et kick-boxing. « On augmente le nombre de psychologues. Mais ça va changer quoi ? », renchérit Haroun, étudiant et éducateur de foot. « On ne vit plus. On a comme un bracelet électronique ».
Concernant le rapport au travail entretenu par cette génération, Ambre se demande si, dans le contexte actuel, « notre boulot a encore du sens ». Florence Ihadadenne explique que les questions liées à la précarité et à l’informel traversent toutes les générations, tout en touchant plus particulièrement les jeunes. « Il y avait assez peu d’attentes avant le Covid. Mais là, il y a encore moins... ».

Ce pour quoi ils s’engagent
Parmi les thématiques d’engagement, l’écologie est la porte d’entrée, comme le dit Julie, militante de Youth for climate. « On a envie d’un changement global de société », ajoute-t-elle. Toutes les interventions de la soirée convergent : les différentes causes de mobilisation se rejoignent. « L’écologie, les violences policières, la pauvreté… tout est connecté. Pas de planète sans société et vice-versa » fait remarquer Céline, intermittente du spectacle.
Mohamed explique que les jeunes s’engagent de moins en moins en politique ou alors pour la politique prise au sens grec de cité, communauté des citoyens.
Le mot d’intersectionnalité est lancé. Il fait dire à Julie que « la France est en retard dans cette approche. Les luttes décoloniales ont longtemps été très mal vues dans les luttes écologistes ou féministes. » Florence confirme : « une convergence des luttes se dessine, alors qu’avant, les différents mouvements ne se parlaient pas ».
Le rapport entre l’individu et le collectif donne lieu à quelques échanges. Pour Hugo, diplômé de Sciences Po, en service civique, l’engagement est individuel d’abord. « Puis viennent la socialisation et les manifestations qui font avancer les choses, même s’il faut transformer l’essai. L’idée que les jeunes critiquent beaucoup mais ne proposent rien est un vieux poncif. »
« Il y a une articulation entre l’individu et le collectif avec les réseaux », constate Mohammed. Comme le dit Céline : « les engagements sont renouvelés, par internet, par les réseaux sociaux ». Et de citer #BlackLivesMatter ou #MeToo.

Le rapport aux institutions
La dernière séquence du webinaire était consacrée au rapport que les jeunes entretiennent avec les organisations « traditionnelles » que sont les associations, les partis, etc. Sarah, militante de l’économie sociale et solidaire, pointe la méfiance ou la défiance des jeunes qui ont le sentiment de ne pas être écoutés par les institutionnels. « La prise de responsabilité fait débat. »
Pour Matthieu, responsable d’une association de promotion du vélo, « on est en recherche d’efficacité. Or les structures classiques sont parfois en baisse d’efficacité. A contrario, il cite l’efficacité des mobilisations contre la zad de Notre Dame des Landes ou des Gilets jaunes.
Florence voit faiblir les affirmations sur un pouvoir politique qui représenterait tout le monde. Selon l’universitaire, « il y a un refus de participer à des formes d’organisation qui reproduisent les schémas discriminants ». Pour elle, il faut être vigilant sur cette question.
Dans la droite ligne de notre webinaire du 10 février, nous recommandons le n° de l‘émission « À l’air libre » de Médiapart, « Quand la jeunesse se mobilise », diffusé le 22 février : https://www.mediapart.fr/journal/france/220221/dans-l-air-libre-quand-la-jeunesse-se-mobilise

Voir ou revoir le webinaire : https://1drv.ms/v/s!Ahzt0F9BFY1Yiwp8kOuvmooAUmav?e=p6755D

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