Pour faire République il faut d’abord faire société !

Au sortir des élections départementales, il convient d’analyser les résultats constatés pour tenter de mesurer l’état de santé de notre République valdoisienne.

D’abord, remarquons l’augmentation régulière et inquiétante de l’abstention au fil des scrutins. Comparée aux statistiques nationales, la participation est de 10% moins élevée dans le Val d’Oise où l’abstention frôle 60% des inscrits à ces dernières élections. De nombreux citoyens s’éloignent du processus électoral, retirant aux élus le crédit de les aider à surmonter les difficultés grandissantes de la vie quotidienne. Notons que, dans ce contexte de faible participation électorale, le paysage politique est désormais tripolaire : droite, gauche et Front National. L’extrême-droite populiste récupère les électeurs déçus des politiques gouvernementales de droite et de gauche successives n’affichant d’ailleurs plus de différences notables. Le réalisme gestionnaire et économique actuellement majoritaire en Europe étouffe toutes les alternatives utopistes, anéantissant les espoirs de progrès sociaux et économique qui forgent l’engagement citoyen. L’extrême-droite s’ancre localement et continue de se renforcer pour devenir bientôt le premier parti de France, affichant des ambitions légitimes pour les élections présidentielles prochaines. Le pacte républicain est en voie de détérioration, la confiance entre les citoyens et les partis gouvernementaux a fait place à la suspicion voire à l’aversion, au fil des affaires de corruption, de privilèges sociaux et économiques accordés aux élus, sur fond de délitement de la situation sociale et économique du pays.

La République est menacée car la cohésion de notre société n’est pas entretenue. Et pour cause, l’exacerbation d’un système d’échanges économique basé sur la compétitivité, la concurrence, renforce les inégalités et détruit les réponses collectives, fraternelles et solidaires qui fondent une société. La raréfaction des budgets publics consacrés à la Culture, aux politiques de formation des citoyens par le développement de la vie associative et, pour certaines collectivités locales, le désengagement sur l’Education, affaiblissent les dynamiques de cohésion dont la société a besoin. Pire encore, le principe du bouc émissaire et de la critique systématique de l’AUTRE responsable de MES difficultés, pourrait nous amener à constater l’émergence d’un chef de la République nous ramenant à l’ordre national ou à une période de chaos assimilable à la jungle où les plus forts asservissent les plus faibles.

C’est sur ces constats inquiétants, après analyses des causes et conséquences des attentats survenus au début de l’année 2015, que les militants de la Ligue de l’enseignement s’investissent pleinement dans la participation aux  « Assises de l’Ecole et de ses partenaires pour promouvoir les valeurs de la République » que le Ministère de l’Education Nationale organise dans tout le pays durant le mois d’avril. L’éducation à vivre ensemble et à entreprendre collectivement, portée par une Ecole publique dont le rôle ne saurait se restreindre à transmettre des connaissances, nous permettra de renforcer la confiance et le respect entre concitoyens. Il nous faut en effet réparer les mécanismes qui font société pour réhabiliter les valeurs républicaines dans les esprits et réinstaller le pacte républicain qui nous relie.

 

Eric Forti
Secrétaire Général

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